15.11.2006

L'AVANT PROJET DE L'UDF

 LA FRANCE ENSEMBLE avant projet de l'udf pour les législatives que vous pouvez télécharger : ici

 

medium_albertini_cn_121106.jpgLa France est déboussolée, sans repères, s'interroge, doute. Elle craint que le sort des générations futures ne se dégrade, craint pour le sort de ses enfants. La France doute que le pouvoir politique soit capable de modifier le cours des choses. Il est vrai que la France perd du terrain :
- montée à nouveau des inégalités et des exclusions, façonnant une société éclatée.
- le socle de la démocratie s'effrite - abstention, vote protestataire qui marque le fossé entre institutions et dirigeants.
- la compétitivité de la maison France est en danger - contraintes sur les entreprises, retard de notre enseignement supérieur et de notre recherche.

Mais si la France est en crise elle n'est pas en déclin.
Il faut libérer la vitalité qui est en nous pour une croissance plus forte, plus solidaire, plus riche en emploi.
Il faut construire une société où chacun puisse trouver sa place.
Il faut restaurer le crédit des institutions publiques, dont celui de la Constitution qu'une pratique partisane a dévoyé.
Il faut promouvoir une nouvelle écologie politique, exigence qui doit nous conduire à concilier progrès économique, équité sociale, préservation de notre planète.
Une Europe forte, qui soit un espace de paix, de stabilité, d'équilibre, c'est aussi le destin de la France.

Pour y arriver, c'est en nous qu'il faut trouver les ressources. La solution n'est pas dans la rupture aventureuse, ni dans l'imitation servile de nos voisins, dans le mimétisme américain, suédois ou britannique, la solution est en France.

L'inspiration de notre projet, c'est de rassembler les Français autour de quelques priorités. C'est un appel à tous ceux, d'où qu'ils viennent, qui partagent les valeurs de la République, par delà les clivages archaïques et surannés. Ce qui nous importe au-delà de la gauche ou de la droite, c'est l'intérêt de la France. Raymond Aron vers la fin de sa vie, à qui on demandait s'il était de gauche ou de droite "être de gauche ou de droite, c'est être hémiplégique, ce qui compte c'est de conserver toute sa tête". Il n'y a qu'un seul peuple de France.

Le premier axe que nous proposons, c'est une révolution civique .
Il faut rompre avec les pratiques d'un autre temps. L'Etat doit être réformé, impartial, garant des grands équilibres et des grandes solidarités. Il faut proposer  aux fonctionnaires  une feuille de route, un espoir, pour nous situer dans la perspective des grandes nations, qui ont toutes rénové leurs structures administratives.
Il faut proposer une activité universelle, à tous les Français dans la difficulté. Les minima sociaux ne permettent pas de retrouver son rôle dans la société, leur octroi doit être assorti d'une activité qui leur permette de retrouver le chemin de l'insertion .
Un  service de six mois pour tous les jeunes, garçons et filles, ce sera une occasion de grand brassage, et celle de se demander ce que nous pouvons faire pour la France.
Le défi climatique est devant nous : nous devons nous inscrire dans une perspective de développement durable, on ne peut pas demander le même effort aux Etats-Unis qu'aux pays d'Afrique subsaharienne : nous avons besoin de rétablir régulation et équité dans le commerce mondial.

Deuxième axe : nous proposons une véritable démocratie , non la monarchie élective que nous connaissons.
Nous proposons une démocratie vivante, cela passe par l'instauration d'une VIe République. Il faut un président qui donne les orientations, conduise la politique de la Nation, puisqu'il est élu du peuple, et il faut un Parlement de plein exercice, maître de son ordre du jour, de son calendrier, qui légifère et contrôle, comme dans toutes les démocraties autour de nous. Après la victoire des démocrates aux Etats-Unis, le président Bush devra établir des compromis avec le Congrès ? C'est cela la démocratie.
Une décentralisation clarifiée : la loi de 2004 s'est traduite par une plus grande complexité. Il faut introduire de l'ordre dans les compétences, assurer les services de proximité, ne pas laisser seulement aux collectivités le soin de l'aménagement du territoire, ce qui donnerait aux plus riches des moyens bien plus puissants qu'aux pauvres.
Il nous faut enfin une justice sereine, égale pour tous. Réduire la réforme de la justice à l'enregistrement des gardes à vue et interrogatoires, c'est ridicule : il faut une réforme travaillée avec tous ceux qui concourent à la chaîne du jugement. Et il nous faudra une grande loi pénitentiaire, parce que la situation de nos prisons est encore une honte pour notre pays.

Trosième axe : une économie faite de croissance et de solidarité .
 Nous croyons à l'initiative, à la liberté d'entreprendre, meilleurs moyens de créer de la richesse et de l'emploi. Nous souhaitons que ce libéralisme soit régulé, car l'économie de marché est impuissante à assurer les redistributions justes des revenus, à protéger les plus faibles. Il faut y parvenir par un débat social modernisé. 8% de syndiqués, c'est insuffisant pour un dialogue social fécond, il faut instaurer un dialogue dans l'entreprise, laisser à la loi le soin de fixer les principes (en simplifiant le Code du travail), attendre des partenaires sociaux qu'ils se parlent et que de ce dialogue surgisse la construction d'une économie efficace et solidaire.
Il faut libérer l'emploi, multiplier le travail au lieu de le diviser comme on l'a fait dogmatiquement avec les 35 heures, pour cela assouplir les 35 heures, et transférer les charges, qui pèsent aujourd'hui à plus de 70% sur le travail. Nous avons fait plusieurs propositions : CSG, TVA sociale ou combinaison des deux, et une taxe en augmentation régulière sur les énergies fossiles, pour inciter tous les acteurs à aller vers l'économie de demain (applaudissements).
Il faut enfin une solidarité refondée. Les familles ne sont pas encouragées. L'accès au logement est un impératif catégorique majeur. La redistribution ne peut plus être assurée par des traits sur les générations futures, c'est immoral et scandaleux (applaudissements).

Quatrième axe : nous proposons d'investir sur l'avenir , c'est peut-être à mes yeux le point clé.
L'éducation, la culture, la recherche, clés de l'adaptation de notre société au monde de demain. Lutte systématique contre l'échec scolaire et l'illettrisme, qu'aucun élève ne passe au collège s'il ne maîtrise les apprentissages fondamentaux - lire, écrire et compter. Il faut des parcours différenciés, octroyer des moyens aux établissements les plus fragiles, introduire des classes d'excellence dans les quartiers les plus fragiles - et non faire disparaître la carte scolaire. Supprimer la carte scolaire est une réflexion de bobo qui vise certains éléments de la gauche caviar.
Il nous faut une recherche rénovée. D'abord, atteindre le plus vite possible les 3% du PIB pour la recherche publique et privée. Nous en sommes encore loin. Surtout, s'adresser aux jeunes chercheurs qui quittent quelquefois notre pays faute de trouver un parcours, c'est à eux que nous pensons en priorité.
Il faut enfin une culture d'ouverture sur le monde.
Ces trois éléments nous protègent de la marchandisation excessive de notre société, et du conformisme et de l'uniformité de la pensée. "Si nous pensons la même chose", c'est que nous n'existons plus.

C'est un projet humaniste, généreux, que nous voulons défendre devant nos concitoyens. Il se résume à un point essentiel : construire ensemble la France dans l'Europe et le monde de demain.
Pour cela, il faut retrouver les valeurs dont nous nous étions éloignés : la liberté, l'égalité, la responsabilité, la dignité de la personne humaine - ce socle de droits et de devoirs a une portée universelle, et c'est à la France de le porter, c'est ainsi que nous sommes regardés hors de notre pays, pour porter le message de la confiance en l'homme.
La démocratie n'est pas un luxe de pays, riche, c'est l'équité dans le développement. C'est un devoir de développer notre aide internationale.
L'Europe est le moyen d'écrire l'avenir, c'est le plus grand rêve politique de notre temps, nous ne nous résignerons pas à l'échec du 29 mai 2005, nous porterons l'espérance européenne. Vous voyez que le rendez-vous du printemps prochain est capital pour la France et l'Europe, nous aurons besoin d'un président qui soit un Européen de courage et de conviction !

12.11.2006

CONSEIL NATIONAL DU 12 NOVEMBRE

 
 
Extraits :

"On me demande quelquefois dans les interviews : qu’est ce que vous avez appris pendant ce long chemin, dans ce long combat de l’élection de 2002 ? J’ai appris à écouter les gens qui ne sont pas de mon avis. Non pas à leur céder sur tous les points, mais à les entendre et à les comprendre. Et j'ai appris à leur faire leur place dans l’idée que je me fais de l’avenir de mon pays. (…)

Un peuple tout entier qui va faire confiance, ayant pesé le pour et le contre, qui va faire confiance non pas à un parti, non pas à une étiquette, même pas seulement à un projet, mais au bout du compte à l’un des siens. Et il y a une clé pour gagner cette confiance : ce peuple, il faut non pas le suivre, mais le comprendre, le respecter, et il faut l’aimer.

Cette rencontre avec un peuple de femmes et d’hommes, cela justifie une vie.

Et je voulais vous le dire, avant d’aller à leur rencontre, avant de sortir des rangs de nos adhérents et de nos militants, sur les routes de terre et sur les trois océans, j’ai voulu vous le dire, à vous.

Parce que c’est une lourde charge, mais c’est une grande chance, et je vous la dois ».
 
 
 
 
 
Extraits :

"Aller d’un pays harassé et divisé à un pays rassemblé et redressé. C’est une grande aventure collective. Et si vous regardez aujourd’hui le paysage décomposé de la démocratie française, nous sommes les seuls à pouvoir la proposer. C’est une grande aventure d’équipe, non pas une équipe qui veut se fermer pour garder les postes pour elle, mais une équipe qui au contraire veut s’ouvrir et travailler avec d’autres équipes, avec d’autres sensibilités. Et cela seul suffit à montrer notre différence.

C'est une grande aventure collective, et c’est aussi, si vous me permettez un dernier mot, une aventure intérieure, personnelle.
C’est un long chemin avant de pouvoir dire en pleine conscience, sachant ce que cela signifie, pour un homme et pour sa famille, pour son cercle d’amitié et d’intimité, c’est un long chemin avant de pouvoir dire : je vous propose d’assumer la charge de président pour la République française.
 
 
 
 
Extraits :
« Et vous voyez la dimension de ce que nous entreprenons : regarder en face l’état de notre pays, lui proposer une nouvelle synthèse, réconcilier le modèle républicain français avec la modernité, imposer une nouvelle démarche de pouvoir et de gouvernement, rassembler au lieu de diviser, éduquer au lieu de flatter, refonder la République dans ses valeurs, en démocratie et pas en démagogie."

10.11.2006

FAIRE DE LA FRANCE UN PAYS PRO-ENTREPRISE

 Voici les pistes de réflextions de l'UDF et de François Bayrou présentées lors du colloque « Réussir ensemble la nouvelle l'économie » le 9 novembre 2006

Réhabiliter l’esprit d’entreprise
 

« Nous sommes un pays où l’on oublie trop souvent que l’essentiel de ce qui fait la santé, la vigueur, la richesse, l’emploi du pays, c’est l’entreprise.

Et si l’on cherche le point faible de l’économie française depuis longtemps, c’est dans le manque de considération pour l’entreprise qu’on trouvera ce point faible.

Parce que l’entreprise, l’esprit d’entreprise, il faut l’aider, et pour l’aider il faut l’aimer.

C’est donc l’entreprise, et l’esprit d’entreprise, qu’il faut rétablir dans sa force et dans sa dignité.

 

Faire de la France, un pays pro-entreprise

Et pour nous la politique économique, la stratégie économique, c’est de faire de la France, de toute la France, un pays pro-entreprise :

  1. une stabilité juridique et fiscale ;
  2. un environnement fiscal amical au lieu de sacrifier à la culture d’inquisition ;
  3. un « small business act » à la française fondé sur la simplification des contraintes administratives et fiscales, du droit et des procédures sociales ; une protection fiscale pour les jeunes pousses ; un accès aux marchés publics

Un plan de long terme pour la Recherche

Nous formons les meilleurs chercheurs du monde. (…) Mais nous les formons pour les autres, et notamment au bénéfice de l’appareil de recherche américain.
Il faut inverser ce processus ! Et il faut l’inverser définitivement.
Je propose que la France décide d’exempter d’impôt les revenus des brevets déposés par des chercheurs français ou résidents en France.

Il faut un plan de long terme, qui engage les grandes formations démocratiques françaises, pour la recherche publique dans notre pays. J’ai proposé devant les assises de Sauvons la Recherche, un plan de 10 ans qui s’engage sur une augmentation de 5 % par an.

Les 35 heures

Je propose une augmentation généralisée de la prime pour heure supplémentaire. Je propose qu’elle passe à 35 % pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Et je propose que le coût de cette prime soit neutralisé en le défalquant des charges sociales.

Les charges sociales qui pèsent sur le travail

Nous avons un problème de concentration des charges sociales sur le travail (…)Quand vous concentrez un prélèvement sur une seule base, elle a tendance à s’enfuir.

Nous avions donc proposé cinq pistes différentes : une taxe sur la valeur ajoutée des entreprises, la CSG, la TVA sociale, un taxe sur la consommation de carburant fossile, une taxe sur les mouvements financiers.

L’ISF

Une nation qui organise ou accepte l’exil des plus riches, de ceux qui ont le mieux réussi matériellement parmi ses citoyens, est une nation qui accepte de s’appauvrir. (…) Puisque tout l’argent qui aurait été réinvesti dans la société française, dans la création d’emplois, dans le commerce, tout cet argent va s’investir chez nos voisins.

Je suis partisan d’une réforme de l’ISF, d’une imposition sur le patrimoine à base large, à partir de 750 000 €, sans plus aucune niche défiscalisée, sans exemptions, mais à taux léger.

Une politique économique pour l’Europe

Lorsque nous aurons remis de l’ordre dans nos finances publiques, lorsque nous aurons créé les conditions favorables à l’entreprise, lorsque nous aurons assuré ses investissements et sa recherche, c’est d’Europe que nous aurons besoin.
Parce que c’est notre marché intérieur, parce que c’est notre monnaie, et parce que le dumping fiscal, la guerre fiscale entre pays européens, limite nos marges de manœuvre.
Et parce qu’il n’y a qu’à l’échelle européenne que nous pouvons espérer traiter les grandes questions du développement durable, du climat, du dumping écologique et du modèle économique de la planète.

Le modèle économique de la planète

La question du néo-protectionnisme ne concerne pas seulement les pays à haut niveau de protection sociale, menacés par le vaste mouvement de délocalisations et de concurrence sans règle sociale ou écologique. Elle concerne d’abord, et au premier chef, et de manière urgente, les plus pauvres de la planète, les pays d’où l’on s’en va, les pays menacés de destruction intérieure, et je pense évidemment au continent africain.

Toute réponse nationale, dans un monde ouvert, est vouée à l’échec.
Nous ne pouvons poser ces questions qu’à l’échelle européenne.
C’est la vraie vocation de l’Europe : nous rendre la souveraineté que nous avons perdue, la souveraineté que l’échelon national ne peut plus garantir.

Cette question du modèle de société à défendre se pose et se posera dans tous les pays européens. Nous avons un modèle de société à défendre, et ce modèle n’est pas un handicap. Si nous décidons de poser la question du développement de notre pays comme je viens de le faire devant vous, notre modèle sera un avantage dans la compétition internationale (…) Nous serons un pays qui aura recréé chez lui les conditions du développement, de la croissance, de l’avenir, et qui en même temps aura promu un modèle de société préservé, qui ne sera pas fait uniquement de régression, et qui s’adressera à nos partenaires européens et au reste du monde, dans le siècle qui vient ».

 

 

21.10.2006

UN PACTE NATIONAL POUR L'ENVIRONNEMENT

« Nous sommes devant le sujet de notre avenir. Nous allons devoir répondre à cette question, non seulement en tant que politiques, mais en tant que génération .

Quand l'unanimité des scientifiques dit "il y a un phénomène sans précédent dû aux activités humaines", il est du devoir des politiques de conclure qu'ils ont une responsabilité, et du devoir des citoyens d'imposer une réponse à cette question . Mais comme politiques et citoyens, nous ne pouvons laisser ces questions sans réponses.

Bien entendu, ce n'est pas une question nationale.

…il n'y aura de puissances politiques capables de porter ces décisions que si l'Europe existe, a une volonté politique, devient une démocratie qui porte l'ardeur des citoyens européens.

Je ne crois pas que la norme édictée par le sommet soit le moyen de régulation le plus efficace. Le plus efficace, c'est d'intéresser directement chaque acteur économique aux économies d'énergie.

Voilà pourquoi je crois que nous devons planifier à long terme  - 15 ans peut-être - , par le biais d'une "fiscalité carbone" par exemple, une régulation des prix des énergies fossiles, qui pousse chacun d'entre nous à programmer, dans le temps, ses économies.

Il faut donc que ces sujets échappent aux affrontements partisans d'hier : il n'y a aucune chance qu'une politique écologique se mette efficacement en place, si elle est l'affaire d'un parti contre les autres partis. S'il y a un sujet sur lequel il faut dépasser ces clivages, qui avaient leur justification hier mais qui sont aujourd'hui complètement dépassés, c'est bien le sujet du climat et du développement durable.

Si je suis élu, je mettrai en place un Pacte national, et que je souhaite européen, pour l'environnement et le développement durable .

Pour moi, ces questions, qu'on présente toujours comme des menaces, sont aussi une chance .

Il y a sans doute menace sur l'espèce humaine, mais pas sur notre niveau de développement. Pas si l'on considère que le développement, c'est le développement humain. Education, connaissance, capacité de vivre ensemble, capacité de vivre plus sobrement, de respecter la planète,…

Un nouveau modèle de développement est en germe, plus sobre .

Portons ce double message : responsabilité pour répondre à l'urgence, vision d'un nouveau mode de vie pour l'humanité ; et c'est alors que les citoyens, qui vont avoir à voter, nous entendront. »

05.09.2006

LA VRAIE RUPTURE !

Extrait du discours de François Bayrou à l'université d'été de la Grande Motte le 2 septembre 2006

Il y a cinquante ans que la France se vit camp contre camp.

C’était fondé pendant une longue période ! À l’époque où l’idéologie des uns s’accommodait de la dictature soviétique, parfois la niait, parfois en défendait les principes, et où les autres combattaient la dictature, il y avait, entre les deux camps, de l’irréductible.

Mais l’histoire est passée par là. Les alternances sont passées par là. Et nous avons découvert, ce que nous soupçonnions depuis longtemps, qu’il y avait des gens compétents, réalistes et généreux dans les deux camps.

Et nous avons vérifié que l’antagonisme aveugle des partis dominants, droite contre gauche, empêchait l’évolution, les réformes justes dans notre pays.

Il faut donc changer de perspective et proposer une nouvelle démarche politique.

Camp contre camp, avec interdiction de se parler entre les camps, c’est absurde pour deux raisons. D'abord, parce que cela empêche de parler et de travailler ensemble, des hommes qui sont en fait d’accord sur tout ! Surtout, cela oblige ces hommes qui sont d'accord sur tout à travailler avec des gens avec qui ils ne sont d'accord sur rien !

Cela oblige Rocard, ou Kouchner, ou Strauss-Kahn à faire semblant d’être plus près de Besancenot que de moi. Alors que bien sûr, ils n’en croient pas un mot…

Et le même sectarisme m’obligerait, si j’acceptais encore de telles obligations, ce qui je vous assure est derrière moi, à me sentir plus près de l’extrême droite que de ces hommes du centre-gauche, avec qui sur les valeurs nous sommes en accord profond.

C'est cela que, pour la France, nous devons changer.

Je suis décidé à proposer aux Français une autre démarche politique, une majorité nouvelle, une majorité d’ouverture.

J’ai invité avec bonheur à cette université Nicolas Hulot, Michel Rocard, Michel Barnier.

Une personnalité écologiste, une personnalité socialiste (lui n'a pas employé le mot « socialiste », il a dit « social-démocrate », ça me va), une personnalité UMP (il a dit « gaulliste, social, et européen », ça me va très très bien).

Vous qui avez assisté aux heures de débat que nous avons eues ensemble, sur des thèmes difficiles, la protection de la planète et de la biodiversité, le développement durable, la réforme de l’Éducation nationale, l’avenir de l’Europe : quelqu’un a-t-il entendu le moindre couac, la moindre divergence ? Celui-là, qu'il se montre, je lui paie un sonotone !

Comme vous l'avez senti, nous n’avons pas fait semblant. Nous avons seulement exprimé la vérité.

Et comme eux, ils sont légion. Légion dans la vie politique française. Ils le disent tout bas. Ils le chuchotent dans les couloirs de l'Assemblée nationale ! À gauche comme à droite. Je sais gré à nos invités d'avoir assumé, publiquement. Les autres, pas encore, mais ça viendra.

Je veux faire sauter ces murs et ces barrières d’un autre temps.

Ma conviction est celle-ci. Il faut former un gouvernement non plus à partir des étiquettes, mais à partir des compétences. Il faut laisser derrière nous le sectarisme. Il faut former un gouvernement pluraliste qui représente non plus un seul clan, mais des sensibilités différentes, et compatibles entre elles, qui font la réalité du peuple français. Il faut former une majorité non plus à partir de la domination d’un parti, mais à partir d’un contrat de majorité, discuté, négocié, ou personne ne perdra la face, afin que le pays comprenne qu’il va être entendu dans la diversité de ses attentes.

Je vous le disais, l’UMP, le PS, dans les bonnes années c’est entre 20 et 25% des Français, les grandes années c'est 28%. On ne fait pas une base pour soutenir les réformes et l’évolution de la société avec des partis à ce point minoritaires en voix.

Il faut élargir cette base, c'est essentiel pour redresser le pays. Il y a des moments dans l’histoire d’un peuple où il a besoin que tous ceux qui, en son sein, ont la capacité et la volonté de construire ensemble, même s’ils se sont opposés hier, se réunissent pour reconstruire le pays.

En 1945, le Général de Gaulle a jugé qu’il était de son devoir de le faire, y compris souvenez-vous, avec les communistes.

En 1958, le Général de Gaulle l’a fait, cette fois sans les communistes, mais en obligeant tous les grands partis de l’arc démocratique français  à faire ensemble les premiers pas de la reconstruction du pays.

Je suis heureux que nous ayons pu montrer, naturellement, simplement, franchement, que nous pouvions parler ensemble avec ces personnalités qui sont venues nous voir, proposer ensemble. Je serai encore plus heureux le jour où tous ceux-là pourront assumer publiquement, coram populo , face au peuple, leur accord de fond et enfin agir, et gouverner ensemble pour reconstruire notre pays.

Mes chers amis, pour ceux qui cherchent une rupture, alors voilà une  rupture !

 

François BAYROU